La sophrologie, un accompagnement pour les patients en cancérologie

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Chantal Barré, infirmière en cancérologie, à l’Institut Curie à Paris, a découvert la sophrologie pendant ses grossesses. Séduite par ses effets, elle a décidé d’en faire profiter les patients dans le cadre de leurs soins, avant de parvenir à ouvrir une consultation dédiée au sein de l’Institut.Article paru dans le numéro 28 du magazine ActuSoins (mars 2018). 

nfirmière en cancérologie depuis 1984 car « il y a une réelle qualité de soins et de relationnel », Chantal Barré a progressivement fait évoluer sa pratique avec la découverte de la sophrologie. « J’ai pu bénéficier de la sophrologie lors de mes grossesses et j’ai décidé, en parallèle, de l’appliquer aux patients. »

« En sophrologie, ajoute-t-elle, nous avons comme principe de renforcer le positif d’où notre vigilance à bannir certains mots comme ″ça va faire mal″ ou ″je vais piquer″, ce qui permet d’apaiser les patients lors de leurs soins. »Elle se forme à l’Académie de psychothérapie et de sophrologie de Paris en 2000, puis complète sa formation quelques années plus tard, en suivant pendant deux ans, en Andorre, les séminaires du Pr Alfonso Caycedo, fondateur de la sophrologie caycedienne, tout en déployant sa pratique à l’Institut Curie.

La sophrologie se définit comme une approche psycho-corporelle. « C’est le fondement du travail sophrologique, à savoir, découvrir son corps, intégrer progressivement son schéma corporel. Nous nous intéressons à ce que les patients ressentent, à leurs sensations corporelles, à la respiration. »D’après l’infirmière, cette pratique est intéressante pour les patients car souvent la maladie et les effets secondaires des traitements prennent toute la place. « Pouvoir, le temps des séances, découvrir son corps autrement, c’est aussi se le réapproprier, découvrir ses ressources et vivre en harmonie avec soi-même. »La relaxation n’est pas une fin en soi mais une étape permettant d’amener le patient au niveau sophroliminal – entre veille et sommeil – par la respiration et la détente musculaire. Quand ce niveau de conscience est atteint, des techniques spécifiques sont proposées en lien avec l’objectif du patient.

Les séances du lundi

Depuis dix ans, Chantal Barré propose, chaque lundi, des séances de sophrologie parallèlement à son travail en chirurgie. Ces séances s’adressent principalement aux patients de l’hôpital de jour d’oncologie médicale mais sont ouvertes également aux autres patients de l’Institut Curie. Les infirmières les proposent aux patients lorsqu’elles constatent une certaine anxiété. Ce sont essentiellement des femmes, de tous âges – une patiente de l’Institut Curie à 79 ans – qui viennent aux consultations. « Peut-être sont-elles plus ouvertes à ce type de d’approche », s’interroge Chantal Barré. Les patients peuvent venir pour six séances d’une heure, entièrement prises en charge dans le cadre de leurs soins.

Avant de débuter un cycle de séances, l’infirmière-sophrologue commence par un entretien afin de connaître les patients, leurs attentes et fixer un objectif. C’est aussi le moment d’expliquer les modalités de la sophrologie. Les patients viennent généralement pour des problèmes de sommeil, de concentration, pour apprendre à se détendre, à gérer  leurs émotions et à accepter le traitement (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, hormonothérapie).

Les patients atteints de cancer bénéficient de traitements longs et difficiles. Ils se retrouvent dans des situations anxiogènes, sources de stress.« L’anxiété est souvent présente car ils ont des incertitudes par rapport à leur avenir et la peur de la récidive »,précise Chantal Barré. La sophrologie leur permet alors de retrouver le calme et de diminuer les peurs. « Nous pouvons leur apprendre à placer leur conscience ailleurs lors de certains soins »,indique l’infirmière. Pour que les bénéfices de la sophrologie perdurent et pour aller vers un mieux être, un entraînement régulier est nécessaire. « Les exercices sont simples et facilement reproductibles », souligne-t-elle.

L’importance de la respiration

Lors des séances, Chantal Barré utilise les techniques apprises lors de ses formations mais son rôle est avant tout de s’adapter aux  patients qu’elle reçoit. « Je le vis beaucoup en cancérologie, explique-t-elle. Tout à l’heure, une patiente est venue très fatiguée, elle avait besoin de lâcher. J’ai donc été vigilante à ce qu’elle ne s’endorme pas et qu’elle puisse se ressourcer lors de la séance. » Les séances se pratiquent d’ailleurs assis, voire même parfois debout lors des relaxations dynamiques.

« En m’appuyant sur le principe que toute action positive dirigée vers la conscience se répercute sur l’ensemble de l’être, je suis vigilante à mobiliser le positif lors des séances, comme par exemple proposer aux patients d’imaginer un endroit qui leur procure du bien-être », détaille-t-elle.

Dans cet accompagnement du patient, la sophrologue accorde bien entendu une place importante à la respiration : « je demande aux patients de prendre conscience de leur respiration ici et maintenant. Souvent nous n’y faisons pas attention. Avec la sophrologie, nous partons à sa découverte. Est-elle haute, basse, calme, saccadée, fluide ? La respiration est le reflet de notre état émotionnel, le corps ne ment pas. »En découvrant leur respiration, les patients prennent alors conscience de leur capacité à la maîtriser par l’expérience de la respiration abdominale. Ils partent à la découverte d’eux-mêmes, de leurs ressources et réalisent qu’ils peuvent agir, s’apaiser.

Un guide pour les patients

Pendant les séances, Chantal Barré guide et accompagne les patients avec sa voix, et elle marque des pauses pour qu’ils puissent se mettre au contact avec leur ressenti et qu’ils se réapproprient leur corps. « Ils accueillent ce qui se présente sans chercher à analyser et à interpréter, souligne l’infirmière. C’est une vraie rééducation car le mental est fort ! »A l’issue de chaque séance, elle pointe ce qu’il ya eu de positif. « Au cours d’une séance, une patiente a touché son visage et s’est mise doucement à pleurer car elle s’est rendue compte qu’elle était ″vivante ″, ce sont ses dires. Il est important d’aller à la rencontre de ce corps ″vivant″, de retrouver la confiance en lui car c’est en prenant appui sur le corps que la personne malade va pourvoir se reconstruire. »

La sophrologie peut être utilisée dans bien d’autres domaines comme dans l’éducation des enfants. « Nous pouvons leur proposer des techniques qui leur permettent de revenir dans le corps, de se mettre à son écoute afin de s’apaiser, de développer la concentration. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ont peur du ″non-faire″. C’est un luxe de pouvoir se poser, d’être tout simplement. » 

La sophrologie est aussi proposée en obstétrique dans la préparation à l’accouchement. Elle peut également aider les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Elle aide aussi à mieux gérer le stress et à se préparer à toutes sortes d’examens, de compétitions et est indiquée pour les sportifs. L’une des seules contre-indications concerne les patients atteints de psychose. « Attention toutefois, la sophrologie vient en complément des soins, ce n’est pas un traitement alternatif », conclut Chantal Barré.

 

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